MAI ZHEN
Le pouls chinois
La prise
du pouls chinois est l’une des quatre méthodes du diagnostic de la
médecine traditionnelle chinoise présentées pour la première fois par le Dr.
Bian Que. Ces quatre méthodes sont l’observation, l’auscultation,
l’interrogation et la palpation.
A
l’étude exhaustive de la palpation nommée qie zhen appartient non seulement la prise du pouls, mais elle
comprend également la palpation de la poitrine, de l’abdomen, des
membres, ainsi que de toutes les parties du corps concernées par la maladie.
La
palpation du pouls est l’étape majeure de l’examen clinique. Elle
permet de recueillir les informations sur l’évolution de la maladie, la
nature et la localisation du facteur pathogène, l’état des organes et
viscère zang fu, du yin et du yang.
L’énergie
de la poitrine zong qi contrôle
l’impulsion et la régularité du rythme cardiaque; l’énergie de
l’estomac wei qi constitue la
part fondamentale d’un pouls sain; l’énergie de l’estomac est
le reflet de l’abondance de l’énergie et du sang du corps humain,
car elle est la source des nutriments qui produisent l’énergie et le sang
pour l’ensemble des organes, des viscères et de tous les tissus du corps.
Pour ces raisons, l’activité des organes et viscères imprime au pouls des
caractéristiques spécifiques.
La
pratique de la prise du pouls sur l’artère radiale (au niveau du poignet)
date du « Classique des difficultés » Nan Jing. Auparavant, le pouls se prenait sur neuf artères
différentes ; trois sur la tête, trois sur les mains et trois sur les
jambes ; représentant respectivement l’état de l’énergie et du
sang des trois réchauffeurs (parties du corps) supérieur, moyen et inférieur.
Cette
façon de prendre les pouls est décrite dans les « Question simples » Suwen chapitre 20 « traité des
trois distinctions et neuf emplacements » des règles canoniques de la
médecine traditionnelle chinoise du Huang di nei Jing, en français
« Classique interne de l’empereur jaune » datant de 700 av.
J.C..
Ces
emplacements sur lesquels on prenait le pouls correspondent tous à des points
d’acuponcture situés près des artères et répartis en trois zones
principales qui font référence à la division classique de l’univers en
trois aspects : ciel, terre et homme.
Cette
première méthode a été progressivement remplacée par la prise de pouls au
poignet cunkou .Le Huang di nei jing,
tout en ne donnant aucune explication sur la classification des positions du
pouls cunkou, lui attache une très
grande importance : « Cunkou
est utilisé pour détecter l’état fonctionnel des cinq organes et six
viscères, car cunkou se situe sur le méridien du poumon. Celui-ci a son origine
au réchauffeur moyen qui est la source de la circulation du qi et du sang des
douze méridiens»

Il faut
attendre le Classique des difficultés Nan
jing pour voir apparaître les premières bases fondamentales de cette
théorie : « ...Il y a trois
positions, le pouce cun, la barrière guan, le pied chi et neuf régions qui peuvent être superficielles, intermédiaires et
profondes. La position distale (supérieure) correspond au ciel et reflète les
maladies de la partie comprise entre la poitrine et la tête, la position
moyenne correspond à l’homme et reflète les maladies de la partie
comprise entre le diaphragme et l’ombilic, la position proximale
(inférieur correspond à la terre et reflète les maladies de la partie comprise
entre l’ombilic et le pied. »
D’autres
systèmes médicaux traditionnels ont développés et enrichi la technique cunkou. Nous citerons le Mai jing Classique des pouls du Dr Wang shu he, datant de la dynastie des Jin. Dans ce traité, le Dr. Wang shu he répertorie avec détails,
explications et caractéristiques vingt-quatre pouls. Par exemple, il nous
dit : « le pouls tendu ne peut
être senti avec une pression légère, il est cependant comme une corde tendue
d’un instrument de musique quand la pression est forte. » La
fameuse étude du pouls Pin hu mai xue du
Dr. Li shi zhen durant la dynastie
des Ming, complète la classification
à vingt sept pouls. En ajoutant le pouls vif Ji le Dr. Li Zhong Zi dans
son livre Zen Jia Zheng yan de 1642
porta le nombre à vingt huit. Ces vingt huit pouls pathologiques servent encore
de référence de nos jours.
Caractéristique du pouls
chinois
La médecine
traditionnelle chinoise considère que le corps humain est composé de cinq
organes et de six viscère zang fu, de
méridiens, d’os, de vaisseaux sanguins, de muscles, de tendons, de cinq
organes des sens et de différents orifices.
Selon la
théorie des cinq éléments, tous les organes et tissus sont classifiés en cinq
systèmes : le système du cœur
qui se compose du système de l’intestin grêle qui a une relation interne
- externe avec le système du cœur, du méridien du cœur, des vaisseaux
sanguins, de la langue, etc. ; le
système du poumon inclue le poumon, le gros intestin qui lui est lié par
une relation interne - externe ainsi que son méridien, la peau, le nez,
etc. ; le système de la rate
comprend la rate, l’estomac pour sa relation interne - externe, son
méridien, les muscles, les lèvres, etc. ; le système du foie inclue le foie, la vésicule biliaire pour sa
relation interne - externe, son méridien, les tendons, les yeux, etc. ;et
enfin le système de rein qui
contient le rein, la vessie pour sa relation interne - externe, son méridien,
les os, les oreilles, etc.
Les cinq
organes ont pour fonction d’emmagasiner l’essence qi (ging qi) qui est un terme général
pour toutes les substances nutritives et nécessaires à l’activité fonctionnelle
des organes et des tissus du corps humain. L’essence qi conservée dans les cinq organes est la substance fondamentale,
ainsi on considère le cinq organes zang
comme étant le centre du corps humain. Dans chacun des cinq systèmes,
l’essence qi est différente ce
qui implique que les organes et tissus
des différents systèmes ont des fonctions différentes.
Les cinq
systèmes du corps humain sont en étroite relation avec la nature. Le système du
foie correspond à la saison du printemps et au point cardinal de l’est,
le cœur à l’été et au sud, la rate au long été (saison située entre
l’été et l’automne) et se trouve au centre, le poumon à
l’automne et l’ouest, le rein à l’hiver et au nord.
Le pouls
tout en étant normal, peut changer sous l’influence des saisons ; le
corps humain pour se maintenir en bonne santé doit donc s’adapter au
changements saisonniers.
Au
printemps, le yang qi de la nature
croît, de même la tension du pouls augmente et le pouls tendu apparaît.
L’été, étant la saison la plus chaude de l’année, provoque
l’exubérance du yang qi dans la
nature ; le pouls se remplit et le pouls vaste se présente ; en
automne, le yang qi de la nature
commence à décliner progressivement, de même le yang qi du corps humain qui soutenait le pouls décline. Le pouls
devient alors souple, léger et superficiel comme les plumes d’un oiseau.
En hiver, la saison la plus froide, le yang
qi se cache profondément, ainsi toute chose dans la nature perd
momentanément sa vitalité, de même, le yang
qi du corps se cache à l’intérieur profondément dans le corps et
ainsi le pouls devient lui aussi profond et dénote peu de force.
Tant que
les changements de pouls correspondent aux changements de saisons le pouls est
considéré comme normal.
Le pouls
change également avec l’âge. Les enfant ont un pouls plus rapide :
sept à huit battements par respiration. Progressivement, avec l’âge, le
pouls devient faible et dur, car la constitution physique s’affaiblit et
les vaisseaux sanguins perdent de leur élasticité.
Egalement
selon le sexe, le pouls est différent. Le pouls des femmes est plus faible et
plus rapide que celui des hommes. Les femmes ont des changements physiologiques
tels que les menstruations, la grossesse, l’allaitement que les hommes
n’ont pas. Par exemple, si un pouls glissant et rapide apparaît à la
position pouce cun, barrière guan, et pied chi, des deux poignets d’une femme mariée, cela peut
signifier une grossesse. Une grande quantité de sang et de qi est sollicitée vers l’utérus pour nourrir le fœtus,
ainsi le sang et le qi sont plus
abondants dans les vaisseaux qu’en temps ordinaire.
Le pouls
est également influencé par la constitution physique. Le Dr. Zang Jing yue dans son Jing yue quan shu : «Les changements physiologiques du pouls sont
très importants. Certaines personnes peuvent avoir un pouls plus long que la
normale, tandis que d’autres auront un pouls plus court ; les
premiers peuvent appartenir à la constitution de type yang, les seconds de type
yin ». De manière générale, on peut dire qu’une personne de
grande taille peut avoir un pouls long, une personne de petite taille un pouls
court, une personne mince un pouls légèrement superficiel et rapide, une
personne enrobée un pouls plus profond. Enfin, un pouls qui apparaît profond et
fin sur les trois positions cun, guan, chi. sans aucun signe de maladie est
appelé le pouls des six yin, tandis
que le pouls qui est plein et large sur les six positions est le pouls des six yang.
Les
émotions peuvent également changer le pouls, car la circulation du sang est
étroitement liée aux différents états émotionnels. Le Haung di nei jing nous dit : « Le pouls change avec les émotions telles que la peur, la terreur et la
colère. » Une grosse colère atteint le Foie et peut léser le qi du foie ce qui fait apparaître un pouls
tendu. La terreur peut léser le rein et son qi
peut descendre et le pouls profond ou remuant peut survenir. Les soucis ont un
impact sur le poumon, son qi peut
être consumé et le pouls court apparaît.
Tant que
les changements du pouls apparaissent temporairement et qu’aucune autre
manifestation clinique ne s’ajoute, ils ne sont pas considérés comme
pathologiques.
Les pouls pathologiques et
leur signification
La
Médecine Traditionnelle Chinoise différencie vingt huit pouls pathologiques classés
selon des critères de profondeur, longueur, vitesse, force, rythme et forme.
Cette façon de classer les pouls permet de reconnaître les structures de base
des différents pouls ce qui rend plus aisé leur détermination lors du
diagnostic clinique.
Nous
vous donnons ici quelques exemples de chaque critère de classification.
Le pouls selon son niveau (profondeur) :
Les
pouls sont répertoriés selon trois niveau : le niveau superficiel, le
niveau moyen et le niveau profond.
Le pouls
superficiel Fu se distingue en posant à peine les doigts sur la peau et
c’est donc un pouls qui se trouve dans le premier niveau. Il est
également appelé Mao Mai « le pouls des poils ». Le livre Mai Jing
nous dit : « le pouls superficiel est ressentit fortement
lorsqu’on met légèrement les doigts sur la peau, si on appuie plus fort,
on ne le sent plus. » Le livre Nan Jing nous explique : « Le
pouls superficiel circule au-dessus des muscles et des chaires. »
Ce pouls
correspond aux maladies causées par les facteurs pathogènes externes (Biao
Bing). Selon les saisons, l’énergie perverse Xie sera de nature
différente alors le pouls superficiel aura des nuances également différentes.
En hiver, le Vent-Froid agresse le corps humain, le pouls est alors superficiel
et serré. Les symptômes adjacents sont : le rhume ou/et la toux, céphalée,
crainte de froid, fièvre, courbature. En été, le Vent- Chaleur est
l’énergie perverse dominante, le pouls apparaît superficiel et rapide.
Le pouls
profond Chen se détermine lorsqu’on appuie les doigts fortement jusque
contre l’os et dès que l’on relâche la pression, on ne le sent
plus. Le Nei jing le nomme également Shi « la pierre » :
« Il est comme une pierre que l’on jette dans l’eau et qui
descend au fond »
Ce pouls
du troisième niveau correspond aux maladies internes (Li Bing) et dues au
Froid, comme par exemple les oedèmes. Ceux-ci apparaissent lors d’un Vide
du Yang. La Rate qui a pour fonction physiologique de transporter et
transformer l’humidité ne peut le faire et le Rein ne peut assumer le
métabolisme de l’eau, le pouls est alors profond.
Le
niveau moyen est un niveau didactique dans lequel on place le critère de la
forme du pouls décrit ci-dessous.
Le pouls selon son amplitude (longueur):
Le pouls
plein Shi est un pouls grand, fort et long. On le ressent sur tous les niveaux.
Ce pouls
appartient aux maladies de plénitude comme par exemple la lymphangite. La
stagnation de l’énergie Qi et du sang Xue se transforme en chaleur. Le
patient a une sensation de chaud, une induration érythémateuse et douloureuse
de la peau apparaît, le pouls est plein.
Le pouls selon sa vitesse :
Dans le
livre Nei Jing, il est écrit : « Quand on met les doigts sur le
pouls, on sent le pouls qui va très vite. » Il s’agit du pouls rapide
Shuo, il se caractérise par cinq pulsations pour une respiration.
On
trouve ce pouls lors de pathologies d’Excès de Chaleur, comme par exemple
la dysenterie causée par la Chaleur-Humidité. La Chaleur stimule la circulation
de l’énergie Qi et du sang et le pouls devient rapide. Les autres
symptômes sont des maux de ventre, de la fièvre, une sensation de soif, un
besoin imminent d’aller à selles et des ténesmes.
Le pouls
paisible Huan est considéré à quatre pulsations pour une respiration. Il est le
pouls des maladies causées par l’Humidité. Mais, il peut aussi être un
pouls physiologique que l’on rencontre souvent en fin d’été.
Le pouls
lent Chi se détermine à trois pulsations pour une respiration, il est le pouls
des maladies causées par le Froid interne.
Le pouls selon sa force :
Le pouls
faible Ruo est selon le Mai Jing : « …un pouls très mou,
profond et fin, en appuyant, on ne sent presque rien sous les doigts. »
C’est le pouls des maladies de Vide.
On le
retrouve par exemple lors de gastrite chronique par Froid-Vide de la Rate et de
l’Estomac. Il est alors accompagné par les symptômes de douleur
épigastrique sourdes, d’inappétence, de vomissements de liquides claires,
de diarrhées, de selles molles, de maux de ventre et d’un état général
altéré.
Le pouls selon son rythme :
Dans
cette catégorie, nous avons le pouls interrompu Dai. Le Mai Jing, nous le
définit ainsi : « Le pouls Dai a une pause, il ne peut pas revenir
immédiatement.»
Ce pouls
correspond à l’épuisement de l’énergie Qi et des organes. Le Suwen,
nous dit : « Epuisement de l’énergie, le pouls est Dai ».
Par exemple, lorsqu’un patient a des palpitations et des douleurs au
cœur et si le pouls est interrompu Dai, il s’agit d’un Vide de
l’énergie du Cœur. Dans ces cas, il y a des risques
d’infarctus.
Le pouls selon la forme :
Le pouls
glissant Hua roule librement sous les doigts, il est comme « les perles
qui roulent sur les feuilles de nénuphars. ».
Un pouls
glissant se rencontre lors d’une indigestion, par exemple. Cette
pathologie est accompagnée d’un ventre gonflé et éventuellement de
nausées, de vomissements, d’une mauvaise haleine, d’inappétence et
soit de diarrhée, soit de constipation.
________________________________________________________________________
Le
nombre de symboles représentant les pouls utilisés en Médecine Traditionnelle
Chinoise était initialement de 38. Ils ont été réduits à 33 il y a mille ans
environ, puis à 28 symboles différents utilisés encore aujourd’hui.
